Lettre ouverte au maire de Clichy Rémi Muzeau

Monsieur le Maire,

Je m’appelle Frank-David Cohen, je suis parisien depuis près de 40 ans. Avec ma femme et mes deux enfants, nous nous apprêtons à devenir clichois prochainement. Nous allons emménager rue Huntziger.

Par curiosité, je me suis demandé qui était ce Monsieur Huntziger à qui cette rue rendait hommage. C’est avec beaucoup d’étonnement et de dégout que j’ai découvert qu’il était membre du gouvernement de Vichy en 1940 et l’un des signataires de la loi portant sur le statut des juifs leur interdisant l’accès à un certain nombre de fonctions et notamment l’accès et l’exercice des fonctions publiques.

Arrière petit fils de déportés, ma famille paternelle, décimée par la guerre a changé de nom pour cacher sa judéité. Ça n’est qu’en 2014, après des années de procédures, que j’ai pu récupérer mon nom d’origine. Il me parait totalement inconcevable aujourd’hui de rendre hommage à un tel personnage à chaque fois que j’indiquerai mon adresse et que je devrai écrire son nom. Le nom de Charles Huntziger doit être oublié. Il fait honte à la France, peu importe ses succès en tant que chef de guerre français de la Première Guerre Mondiale.

Alors qu’aujourd’hui l’antisémitisme prolifère comme jamais depuis le guerre, il serait un symbole fort et courageux de remplacer le nom de Charles Huntziger par celui de Simone Veil, rescapée des camps de la mort et qui a tant apporté à la France.

Dans l’espoir que vous donniez une suite favorable à ma requête, je vous prie de croire, Monsieur le Maire, en l’expression de ma plus haute considération.

Frank-David Cohen

EDIT 30/10/2018 : Plusieurs commentaires d’internautes ont mis en lumière le fait que cette rue Huntziger ne rendrait pas hommage à Charles Huntziger mais au Clairon Huntziger qui a combattu en 1871 et faisait partie du 34e bataillon de Clichy. La rue porterait ce nom depuis 1882 (le Huntziger collabo étant lui né en 1880…). Afin d’éviter toute ambiguïté, étant donné malheureusement que Charles Huntziger est bien plus tristement célèbre que le valeureux clairon Huntziger, peut-être serait-il judicieux de préciser sur la plaque qu’il s’agit du clairon ?

Vous trouverez, attachés à cette lettre les documents suivants :
– L’étoile jaune que portait ma grand-mère comme cela était imposé à tous les français de confession juive.
– L’acte de décès de mon arrière grand père, arrêté par la police française le 14 aout 1943 avec toute sa famille dans son appartement 90 Boulevard de Courcelles (17e arrondissement de Paris) et exterminé à Auschwitz (Convoi numéro 59 du 2 sept 1943).
– Un courier du commissariat général aux questions juives qui demandait la saisie par l’Etat de la machine à écrire de mon grand-oncle arrêté le même jour au même endroit et déporté également à Auschwitz. Ce courrier administratif et si symbolique souligne l’importance de ne pas honorer le moindre membre du gouvernement de Vichy, partisan de cette collaboration si organisée.
– La loi portant sur le statut des juifs dont Charles Huntziger était signataire

IMG_3052.jpeg

 

8 réflexions sur “Lettre ouverte au maire de Clichy Rémi Muzeau

  1. Écœurée que l’on puisse honorer un tel homme alors qu’il a tant de sang sur les mains et il faut arracher ce nom et ceux de tous les vichystes.
    Bravo M. COHEN de votre écrit qui j’espère va réveiller LES MÉMOIRES de ceux ou celles qui ont mis aux oubliettes ce pan de notre vie, nous JUIFS et JUIVES !!!!
    Madame LEVY Lucie

    • Madame, je vous invite à lire deux ouvrages édité par le Conseil des Communauté Juives des Hauts de Seine sous la direction de Joel Mergui en partenariat avec la Direction des Archives Départementales du Conseil Général des Hauts de Seine :

      1. L’exclusion des juifs de la vie économique et sociale – L’exemple des Hauts de Seine 1940-1944.
      2. A la mémoire des déportés juifs des Hauts de Seine de Seine.

      J’ai encore que quelques exemplaire du 1er document. Si vous ne pouvez vous en procurer un, je vous en garderai un)

      Par contre pour le 2ème ouvrage il ne m’en reste que 2. J’en ai distribué une bonne vingtaine aux élus (sans aucun retour) ainsi qu’à plusieurs rabbins. Figurent dans ce document les tableaux des noms par commune. A Clichy ce n’est pas moins de 119 personnes qui ont été déportées.Vous y trouverez les Lois, ordonnance et décrets fixant le statut des juifs.

      Je suis membre du conseil départemental des anciens combattant et victime de guerre et mémoire de la Nation. A ce titre je participe à de nombreuses cérémonies de commémoration notamment celle de la Shoah en juillet au Parc de Sceaux où j’y vais avec des jeunes porte-drapeaux de Clichy. Cette année, la mairie qui n’y a jamais été présente, ne nous a pas fourni de moyens de transports. Nous y sommes allé par les transports en commun seulement à quatre.

      Je suis également intervenu pour l’apposition d’une plaque sur un immeuble ou un « Juste » avait hébergé et sauvé des « juifs ». Cela fait plus de deux ans et nous n’avons également aucun retour de cette mairie malgré les efforts et les courriers restés à ce jour sans suite concrètes.

      Amicalement

  2. Merci Monsieur Cohen pour cet article qui arrive à point.
    Bonne journée et au plaisir de se voir un jour à Clichy.

    • Merci pour ces informations. Ce quiproquo aura eu le mérite de mettre en lumières ces personnes et événements oubliés. Cordialement

  3. Ce Monsieur Huntziger dont vous parlez est un homonyme. Celui qui a donné son nom à la rue éponyme , à Clichy est un clairon du 34 ème bataillon.
    « En 1882, commémoration au cimetière de la rue Chance-Milly, de l’épisode de la prise de la redoute de Montretout lors la Bataille de Buzenval du 19 janvier 1871 pendant la guerre franco-prussienne. Six Clichois ont donné leur noms aux rue de Clichy cette année : le sous-lieutenant Castérès, le sergent-major Morice, le caporal Leroy, le clairon Huntziger, les gardes Poyer, Klock et Martissot. Tous font partie du 34e bataillon dit de Clichy. »

    • Merci Zoe pour ces explications rassurantes et instructives. ce quiproquo aura le mérite de remettre en lumière ces personnes et des événements.

  4. Réponse d’une dame sur Facebook où votre communication a été publiée (sur la page des Clichois) : il ne s’agit bien entendu pas du ministre de la guerre sous Vichy ! : « Ce Monsieur Huntziger dont vous parlez est un homonyme.Celui qui a donné son nom à la rue éponyme ,à Clichy est un clairon du 34 ème bataillon.
    « En 1882, commémoration au cimetière de la rue Chance-Milly, de l’épisode de la prise de la redoute de Montretout lors la Bataille de Buzenval du 19 janvier 1871 pendant la guerre franco-prussienne. Six Clichois ont donné leur noms aux rue de Clichy cette année : le sous-lieutenant Castérès, le sergent-major Morice, le caporal Leroy, le clairon Huntziger, les gardes Poyer, Klock et Martissot. Tous font partie du 34e bataillon dit de Clichy. »

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