Ceci n’est pas une pipe

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1) Ceci n’est pas de l’antisémitisme

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Quenelle

2) Ceci n’est pas du racisme

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Non Mixité : interdit aux blancs

3) Ceci est un hasard, « les éléments utilisés faisaient référence au graphisme des constructivistes russes »

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Une du journal Le Monde

4) Ceci est de la paix et de l’amour

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Parents de 12 enfants dont 2 ont commis la même semaine un attentat et un braquage

5) Ceci est une scène de jeunes qui s’amusent à Mante la Jolie

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6) Ceci est une scène de jeunes humiliés à Mante la Jolie

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7) Ceci est du féminisme

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8) Ceci est de la violence policière

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9) Ceci est une critique de la politique d’Israël

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10) Ceci est de la démocratie

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Français juifs : où serons-nous en 2020 ?

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Les français juifs sont environ 0,7% de la population française alors que les actes antisémites représentent 30% des actes racistes enregistrés en France en 2016 (source : Service Central du Renseignement Territorial).

Le problème de l’antisémitisme et sa proportion démesurée, notamment en France, est donc loin d’être un fantasme. Accusés d’être des « pleurnicheurs » – expression plébiscitée par Dieudonné – par les « antisionistes » (comprendre antisémites) tel un réflexe pavlovien dès que le sujet de l’antisémitisme est évoqué, les français juifs ont pourtant de manière factuelle totalement raison de s’indigner.

Cette situation, nous la voyons venir et se dégrader au moins depuis les années 2000. Comme beaucoup de français juifs, je ne me fais pas d’illusion.

Cette situation ne changera pas et va continuer à se dégrader. Se faire insulter, cracher dessus, etc. la plupart des victimes le vivent maintenant en silence comme si c’était devenu normal.

Comme l’a dit Joann Sfar dans un post Facebook : « Sur ces affaires, la plupart des victimes ferment leurs gueules, se font les plus petites possibles, en espérant que l’orage passe, pour ne pas donner des idées à d’autres salopards. Il ne va pas passer, l’orage. Tout le monde a très bien compris. ».

Pour ma part, j’ai la chance de vivre dans le XVIIe arrondissement de Paris. Comme une grande partie de l’Ouest parisien, mon quartier, c’est un peu Disneyland. Un monde où tout a l’air d’aller bien mais qui ne correspond pas à la réalité du reste de la France. Père de deux enfants, comme tous les parents, en plus de les éduquer, j’ai la responsabilité de les protéger. Et pour assurer cette responsabilité, il y a un critère fondamental : être capable d’anticiper.

Anticiper que l’état ne sera peut-être pas toujours en mesure de nous protéger. Je me souviens encore de l’été 2014 où des manifestations dites de « soutien à la Palestine » ont finit par des prises d’assaut de synagogues en plein Paris et de quartiers juifs notamment à Sarcelles. Nous n’étions pas loin d’un massacre…

Anticiper la passivité générale de notre société. Je me souviens, après l’attentat terroriste contre des enfants juifs en 2012, avoir manifesté spontanément le soir même.

Nous étions quelques milliers. Il n’y avait quasiment que des juifs qui battaient le pavé. L’absence de grande solidarité nationale alors que des enfants venaient d’être exécutés à bout portant me paraissait surréaliste. Où étaient les 4 millions de personnes avec qui j’ai manifesté le 11 janvier 2015 ?

Anticiper la dégradation de la situation. En plus des actes de violence répertoriés, il y a les actes antisémites du quotidien auxquels nous sommes tous confrontés à des degrés différents en fonction de notre exposition.

Je ne suis ni croyant ni religieux, je ne vais jamais à la synagogue et pourtant, avec mon nom de famille, Cohen, j’y suis aussi confronté.

Si j’ai le malheur de faire un commentaire public sur Facebook, 9 fois sur 10, quel que soit le sujet, je me prends une remarque antisémite malgré la modération des commentaires.

Depuis 2 ans, je ne peux plus commander sur Internet à mon nom si je veux que le colis arrive intact, je commande à présent au nom de ma femme pour ne plus avoir de problème.

Pour survivre, anticiper est une nécessité absolue. Mais une fois qu’on a anticipé que la situation n’est plus tenable, qu’est-ce qu’on doit faire ?

Il y a un quatrième point à anticiper.

Anticiper notre comportement d’autruche. Autour de 10 000 juifs quittent la France chaque année. De plus en plus, ceux qui sont encore là et dont je fais partie, n’ont absolument pas envie de partir.

Très attaché à la France – mon seul et unique pays – à ma culture et à ma langue, je ne me vois pas vivre ailleurs. Pourtant, de la même manière que les juifs ont du quitter les pays arabes (cf tableau ci-dessous) où ils vivaient depuis la fin du XVe siècle à cause de la montée de l’antisémitisme musulman, je n’ai aucun doute que tôt ou tard, pour les mêmes raisons, nous devrons quitter la France. 2020 ? 2025 ? 2030 ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que nous avons tous le devoir d’anticiper. Anticiper pour le voir venir et anticiper pour pouvoir partir.

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Sources : https://www.lesechos.fr/30/03/2017/lesechos.fr/0211929669416_le-nombre-d-actes-racistes-et-antisemites-a-baisse-en-2016.htm

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120320.OBS4138/marche-pour-les-victimes-de-toulouse-on-est-la-par-solidarite.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Exode_des_Juifs_des_pays_arabes_et_musulmans#cite_note-151

Femmes, je vous aime

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La journée du droit des femmes a le mérite de souligner – voire de mettre en lumière pour certains – les incroyables inégalités qui perdurent encore entre les hommes et les femmes : inégalités de salaire, inégalités dans les responsabilités confiées à compétences égales avec un homme, etc.

Il y a aussi tout ce que subissent régulièrement toutes les femmes : drague lourde à laquelle elles doivent faire face, le jugement permanent lorsqu’elles s’habillent légèrement, les lourds qui leur font la bise en embrassant bien la joue, le jugement des autres quand elles ont une sexualité plus libérée que « ce qu’il faudrait », le jugement lorsqu’elles ne veulent pas allaiter, le jugement lorsqu’elles ne veulent pas avoir d’enfant, le jugement lorsqu’une femme plus âgée est avec un homme plus jeune, etc. Et aussi des choses bien plus graves comme le harcèlement dans le travail ou dans les transports dont AUCUNE femme n’échappe.

Au quotidien, je vois dans le monde du travail ces petites phrases prononcées, ces attitudes ou ces postures prisent souvent sans mauvaise intention mais qui dans l’inconscient maintiennent ces différences. Je le vois aussi quand je vais au magasin de jouets avec mes enfants où l’on retrouve encore des « jouets pour filles » : chariot de ménage, table et fer à repasser, etc. Je vous laisse regarder les deux copies d’écran (ci dessous) de Google Image lorsque l’on cherche « femme » vs lorsque l’on cherche « homme » qui sont aussi très révélatrices.

Il me paraît essentiel quand on est un homme de réfléchir et de transposer toutes les situations pour voir si en inversant hommes et femmes, ces situations choqueraient.

Les femmes ne sont pas une minorité. Elles représentent la moitié de l’humanité et même la meilleure. Elles ne sont pas violentes, elles font preuve d’empathie, elles ont cette spécificité de pouvoir donner la vie et subissent avec courage toutes les souffrances que cela occasionne. Quel courage, elles ont ! Elles méritent notre respect infini.

Lettre ouverte au CRIF et à ceux qui s’acharnent sur Léa Salamé

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Le 10 février dernier, Léa Salamé était face à Marine Le Pen dans l’Emission Politique. Elle a posé une question très pertinente sur la bi-nationalité franco-israélienne de certains juifs français mais dont la première formulation prêtait à confusion, formulation qu’elle a immédiatement corrigée en reposant la question :

« Est-ce que vous demandez aux Juifs français de renoncer à leur bi-nationalité israélienne ? »
« Donc vous demandez aux juifs français qui nous regardent de renoncer s’ils voulaient avoir la double nationalité israélienne ? »

La première formulation aurait été maladroite si elle n’avait pas été immédiatement reformulée mais elle l’a été donc il n’y a pas de sujet.

Dans la pratique, tous les juifs français et plus généralement tous les juifs du monde peuvent demander (et obtenir) la nationalité israélienne. Ça ne veut pas dire que tous les juifs français ont la bi-nationalité mais bien qu’ils peuvent l’avoir. La question de Léa Salamé n’est donc absolument pas critiquable.

J’ajoute que je remercie Léa Salamé de l’avoir posée à Marine Le Pen. Elle a permis d’ouvrir les yeux à certains juifs – de plus en plus complaisant avec le Front National – en leur faisant comprendre qu’ils ne seraient pas épargnés par le repli sur soi de ce parti si MLP se retrouvait au pouvoir.

Mais certains, au lieu de s’intéresser à la réponse de Marine Le Pen ont jugé utile de polémiquer sur du vent et de s’acharner sur Léa Salamé voire de la traiter d’antisémite. Le CRIF, dans une publication Facebook déclare : « Les citoyens français juifs sont profondément choqués par cette affirmation qui rappelle les vieilles rengaines antisémites de double allégeance. ».

Le CRIF devrait passer un peu plus de temps, pour se détendre, à lire la presse people. Ils apprendraient que Léa Salamé partage sa vie avec Raphaël Glucksmann (qui est juif, je précise just in case) et qu’elle est enceinte de lui.

Le CRIF devrait aussi se remettre un peu en question. Ils dénoncent l’organisation juive qui a rencontré des cadres du FN parlant d’un « cordon sanitaire autour du FN » qui serait un « impératif républicain » pour les juifs mais concrètement ils n’endiguent en rien, avec de vrais arguments à l’appuie, le nombre croissant de juifs qui se font berner par le FN.

Léa Salamé a donc réussi en moins d’une minute à faire ce que le CRIF n’a pas su faire ces dernières années avec les juifs français qu’il prétend représenter.

Bravo Léa

Pourquoi Macron peut devenir Président en mai si Valls est éliminé dimanche

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Si les élections étaient perçues par les électeurs comme un jeu d’échec, que l’on soit pour François Fillon ou pour Marine Le Pen, il faudrait clairement aller voter dimanche pour Manuel Valls et ainsi éliminer Benoît Hamon de la primaire socialiste. De la même manière si l’on est pour Emmanuel Macron, c’est pour Benoît Hamon qu’il faudrait glisser un bulletin dimanche prochain. Voilà pourquoi :

Hypothèse 1 : Hamon gagne la primaire, Valls est éliminé

Lors de la présidentielle, la gauche de la gauche sera répartie entre Mélenchon et Hamon qui feront tous les deux un score médiocre.
Emmanuel Macron récupèrera alors la majeure partie de la gauche restante ainsi que le centre et même le centre-droit qui refusera de voter pour François Fillon qu’il estime trop conservateur.
Avec cet électorat qui va de la gauche au centre droit, Emmanuel Macron a une réelle chance de dépasser le candidat prévu par les sondages comme futur 2e : à priori François Fillon mais peut-être aussi Marine Le Pen (ils sont au coude à coude autour de 25%).

a) Un second tour Marine Le Pen / Emmanuel Macron
Si Macron dépasse Fillon au premier tour et se retrouve face à Marine Le Pen au second, il l’emportera à coup sûr. Les électeurs de gauche voterons pour lui sans se poser de question et les électeurs de droite pour la très large majorité également. C’est cependant probablement face à lui que Marine Le Pen fera son meilleur score au second tour, ce qui explique pourquoi elle souhaite tant se retrouver face à Macron.
=> Macron sera élu.

b) Un second tour François Fillon / Emmanuel Macron
Si Macron dépasse Marine Le Pen au premier tour et se retrouve face à François Fillon au second, il l’emportera aussi très probablement. Les électeurs de gauche voteront pour lui, là encore, sans se poser de question et les électeurs du centre-droit aussi majoritairement. Le report des électeurs du FN ne sera pas du tout automatique et la dynamique autour d’un Macron « surprise du premier tour » jouera en sa faveur.
=> Macron sera élu

Hypothèse 2 : Valls gagne la primaire, Hamon éliminé

Si Valls gagne la primaire, étant donné qu’il est positionné sur une ligne politique proche de celle de Macron, il risque de partager avec lui – lors du premier tour de la présidentielle – le score de la gauche.

La gauche de la gauche sera rassemblée autour de Mélenchon qui fera un score honorable. La gauche et le centre-gauche se répartiront entre Valls et Macron et le centre-droit ira sur Macron. Macron fera donc un meilleur score que Valls mais ce score sera largement insuffisant – affaibli par la présence de Valls – pour se hisser à la 2e place qu’il laissera à Fillon ou MLP selon l’ordre des résultats de ces deux candidats. Nous aurons donc un deuxième tour Fillon / Le Pen avec une victoire nette de Fillon.
=> Fillon sera élu.

Si Benoît Hamon gagne la primaire socialiste dimanche prochain, Emmanuel Macron a donc une réelle chance de gagner la présidentielle. Si Valls gagne alors Macron sera 3e après Le Pen et Fillon. Le seul paramètre qui peut tout faire basculer est la décision de François Bayrou…. Nan je rigole : 0 impact, 0 influence. C’est ce qu’on appelle en probabilité « un événement indépendant ».

Que vous soyez pour Macron, Fillon ou Le Pen, vous savez donc pour qui aller voter dimanche à la primaire de la gauche. Sortez les popcorns !

Le signal faible qui va tout changer ?

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Ça n’a probablement échappé à personne : Jean-François Copé a estimé sur Europe 1 qu’un pain au chocolat coutait « aux alentours de 10 à 15 centimes ».

On pourrait se dire :
« Il a confondu avec la putain de sauce des nems à 15 centimes du traiteur chinois » ou plus sérieusement « Ce que raconte Copé, ça n’est pas comme si c’était important ! » ou « Il y a eu pire : El Khomri, Ministre du Travail, ne savait pas que l’on pouvait renouveler au maximum 2 fois un CDD tout en voulant réformer le travail ! » ou encore « NKM pensait qu’un ticket de métro coutait 4 euros » . Et puis il y a aussi eu Nicolas Sarkozy qui ne connaissait pas Le bon coin (utilisé par plus de 30 millions de français) ou Alain Juppé qui ne connaissait pas BlaBlaCar, l’une des rares licornes françaises, fierté de la french tech avec Vente-privée, Criteo et OVH (startups valorisées à plus d’un milliard de dollars).

Et si finalement, cet événement était ce que l’on appelle un signal faible ?
En Intelligence Économique, les signaux faibles sont des éléments d’actualité à l’importance sous-estimée, mais augurant d’importants changements à venir.

Et si finalement, nous étions à l’aube d’un renouvellement total en politique dont l’estimation totalement à l’Ouest du pain au chocolat de Copé était l’élément déclencheur ?

L’élément révélateur qui nous pète en pleine gueule et nous fait réaliser qu’une personnalité politique, pour pouvoir prendre les bonnes décisions, ne peut pas être déconnectée des réalités de la vie, de nos vies. Le prix du pain au chocolat, du ticket de métro, du litre d’essence, la réalité de l’emploi, les règles du CDD, les nouveaux moyens d’arrondir les fins de mois avec l’économie collaborative comme blablacar – et le phénomène sociétal assorti – sont des éléments de la vie réelle que l’on ne peut ignorer surtout lorsque l’on prétend pouvoir l’améliorer !

Ce genre de sortie est insupportable, inacceptable. Copé et les autres, rendez vous service et rendez nous service : arrêtez la politique ! Ça ne passe plus, on est au bout.

Pour terminer, voici un post Facebook de Baptiste Beaulieu qui exprime bien le ras le bol de cette manière de faire de la politique :

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fpermalink.php%3Fstory_fbid%3D1812765602338255%26id%3D100008144984241&width=500

La révolution n’est pas loin.

Yom Ha Shoah : le souvenir doit avoir un sens

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Je voudrais vous parler aujourd’hui de mes arrières grand-parents. Ils s’appelaient Mercado et Sultana Cohen. Ils habitaient à deux pas de chez moi, Boulevard de Courcelles dans le 17e arrondissement de Paris.

Je n’ai jamais eu la chance de les rencontrer mais mon grand cousin Marcel habitait dans le même immeuble qu’eux avec ses parents et sa petite soeur.

Grâce à Marcel, je sais que mes arrières grand-parents avaient 4 fils : David (mon grand-père), Joseph, Jacques et Roger.

Marcel raconte que mon arrière grand-père avait engagé une bonne à tout faire au début des années 30 qui avait du arrêter l’école pour travailler. « Mercado fut indigné qu’on ait pu retirer une enfant de l’école à 14 ans pour en faire une bonne à tout faire chez lui. […] Mercado la fit immédiatement réinscrire à l’école. Sans doute, Annette fut la seule bonne à être logée, nourrie, et payée pour être absente la majeure partie du jour. ».

Malgré une situation de plus en plus angoissante pour les français juifs, mon arrière grand-père ne voulait pas quitter son appartement ou se cacher. Il disait « Seuls les voleurs et les assassins songent à se cacher ». Un samedi, le 14 aout 1943, alors que Marcel était en balade au parc Monceau avec Annette, la police française arrêta Mercado ainsi que toute sa famille : Sultana, Jacques et Marie (les parents de Marcel), Monique (sa petite soeur de 3 mois), et Joseph.

Voici un extrait du témoignage de Marcel dans son livre « Sur la scène intérieure : Faits » :

Le 14 aout 1943, lorsque la police avait fait irruption dans l’appartement, nous nous trouvions au parc Monceau, Annette et moi. La concierge nous avait vu sortir et elle avait vu entrer la police. Nous ne tarderions pas à revenir du parc : la concierge se planta devant l’entrée de l’immeuble pour nous en interdir l’accès. Elle ne voulait pas non plus que nous restions aux abords immédiats. C’est donc depuis le trottoir d’en face que nous avons vu la famille monter dans un camion. Nous avons très bien compris le petit geste de Marie qui, dans le dos des policiers, et comme la concierge nous enjoignait de nous éloigner.

Mercado Cohen, Sultana Cohen, Jacques Cohen, Joseph Cohen sont morts en déportation (Convoi n°59 du 2 septembre 1943).
Marie Cohen et Monique Cohen sont mortes en déportation (Convoi n°63 du 17 décembre 1943).

Aujourd’hui, c’est le jour de Yom Ha Shoah, le jour du souvenir. Je pense aux 6 millions de juifs qui, comme cette partie de ma famille ont vécu cette tragédie.

Les mots de mon arrière grand-père qui montrent qu’il n’avait pas conscience de la gravité de la situation en refusant de se cacher ont une raisonnance particulière aujourd’hui.

Comme Marcel, qui avait 4 ans à l’époque, mon fils Noah – qui a le même âge aujourd’hui – va aussi regarder les canards du petit lac du parc Monceau avec sa mère. Il n’est pas question que qui que ce soit menace la tranquillité de ces moments.

Alors que d’une part l’antisémitisme ne cesse de monter au sein d’une certaine catégorie de français et que d’autre part la France a récemment voté à l’UNESCO une résolution qui vise à effacer l’histoire juive de Jerusalem, notre mobilisation doit être sans équivoque. Le souvenir doit avoir un sens, celui de faire en sorte que d’une manière ou d’une autre, l’histoire ne se répète pas.