On a tout faux sur le FN

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Depuis dimanche, j’en ai lu et entendu un sacré paquet d’analyses foireuses sur les raisons qui auraient poussé les Français à faire du FN le premier parti de France. Je n’ai par contre entendu aucune solution pour le combattre à part les traditionnelles tentatives de diabolisation.

Mention spéciale aux interventions de Stephane Le Foll et Jean-Marie Le Guen dimanche dernier qui sont très représentatives de tout ce qu’il ne faut pas faire et ne pas dire. Entre le premier qui fait l’autruche en nous expliquant que la gauche est arrivée en tête si l’on cumule gauche + Front de Gauche + EELV + Parti Communiste – Pourquoi ne pas ajouter aussi les gauchers ou encore les mecs qui ont la couille gauche plus grosse que la droite ? – et le deuxième qui nous sert le discours habituel de diabolisation du FN qui ne marche plus « nous les vrais républicains blablabla », quel désespoir !

Pas une réaction, PAS UNE n’explique la vraie raison de cette progression spéctaculaire du vote FN ! Voilà un BestOf des explications bull shit de nos experts ou de nos politiques :
– « Les Français sont désespérés »
– « L’histoire se répète comme en Allemagne après la crise de 29 »
– « La droite et la gauche ont déçu, les Français en ont marre de la politique traditionnelle »
– « C’est un vote sanction »
– « C’est à cause du taux de chômage »
– et évidemment le traditionnel « c’est la faute à Sarkozy »

Et pourtant si toutes ces raisons ont peut-être une petite influence, elles n’expliquent absolument pas la progression spectaculaire du FN. C’est à dire cette progression de 19 points (on est passé de 11% en 2010 à 30% en 2015 sur le plan national !).

En 2010, c’était déjà la crise, il y avait déjà eu des déceptions des politiques gauche/droite, le vote sanction de 2002 avait déjà eu lieu et il créditait Le Pen père de 16,86% (pas 30% !), le taux de chômage était à 9,7% il est aujourd’hui à 10,6%. +0,9% de chômage expliquerait donc +19% de FN ? Ni gauche ni droite, ça veut dire FN ? Ces explications ne tiennent pas debout…

Arrêtons l’hypocrisie, la seule explication qui tienne est simple : la peur de l’Islam.

Petit rappel sur les 8 dernières années

En 2007, de nombreux Français avaient déjà peur de l’Islam. Sarkozy en s’appropriant une partie du discours sur le sujet, jusque là monopolisé par le FN, était parvenu à siphonner une bonne partie de leurs électeurs (le FN fait alors 10,4% contre 16,86% en 2002). Fin 2010 les premiers électeurs ex-FN-2002 de Sarkozy sont déçus. Ils jugent qu’il n’en fait pas assez et reviennent progressivement vers le FN. La loi sur la burqa du 11 octobre 2010 et les diverses polémiques sur l’Islam n’y changeront rien.

Debut 2011 Marine Le Pen devient Présidente du Front National. Elle fait rapidement de l’Islam sa cible privilégiée tout en travaillant la dédiabolisation de son parti. Elle dénonce « l’islamisation de la France » en enchainant les polémiques sur les prières de rue ou sur la viande halal. Elle accuse les partis traditionnels de laisser ce sujet de côté. A gauche, on la pointe du doigt en se « bouchant le nez » comme disait Sarkozy et à droite on s’agite sans se soucier des conséquences.

En 2012, les attentats de Mohamed Merah sont une première illustration qui tombe à point nommé pour Marine Le Pen qui se targue d’avoir mis en garde les Français. Elle en profite et enfonce le clou.

Après 5 ans de matraquage anti-Sarkozy jugé par l’ensemble des médias comme un leader qui dresse les Français les uns contre les autres, la gauche passe. C’est du pain béni pour Marine Le Pen. En 2014, le FN bat son record aux municipales avec 14 villes remportées.

En 2015 tout bascule. Les attentats de janvier plongent la France dans le noir. Marine Le Pen est exclue de la marche républicaine d’union nationale, en retrait, en prenant un air de « seule contre tous » elle continue sa stratégie anti-Islam qu’elle perçoit désormais comme celle qui va la porter à la tête du pays.

Au même moment, le discours se lâche, le sujet de l’Islam et de sa compatibilité avec la République devient un sujet récurrent dans les médias. Cette inquiètude généralisée va lui être évidemment profitable. Les maires FN élus, en particulier Robert Menard, contribuent à maintenir le sujet dans l’actualité avec diverses polémiques (statistiques ethniques, kebabs, etc.) où s’affrontent bien-pensants et islamophobes.

le 13 novembre sera évidemment le coup de grâce démontré par ce raz de marée aux élections régionales. La tolérance zéro tardive du gouvernement – surement efficace pour notre sécurité – n’aura pas sauvé les meubles sur le plan politique.

Le délicat et très casse-gueule sujet de l’Islam

L’Islam en France est un vrai sujet politique. La peur de l’islamisme et de ce qui y conduit est une peur légitime qui concerne tous les Français. Laisser ce sujet au FN est suicidaire. Il donne aux Français un sentiment d’abandon et au FN l’image du seul parti capable de les défendre.

La peur de la stigmatisation et d’une nouvelle chasse aux sorcières anti-musulmane est aussi une peur légitime.

Est-il si compliqué d’avoir les mots justes ? Critiquer l’organisation de l’Islam parfois douteuse en France : financement de mosquées provenant de l’étranger, prêches en arabe qui prônent la haine de l’autre, radicalisation aux yeux de tous (salon de la femme musulmane, rassemblements de l’UOIF avec les intervenants que l’on sait, etc.) sans basculer dans un racisme primaire ?

Peut-on dénoncer cette complaisance de certains musulmans contre laquelle il faut lutter sans être taxé d’islamophobe ? Cette même complaisance d’ailleurs dénoncée par de nombreux musulmans comme Boualem Sansal, Waleed Al-Husseini ou Abdenour Bidar alors que les Mélenchon & co. préfèrent matraquer que « les musulmans n’ont pas à se justifier » et que « l’Islam n’a rien à voir avec ça ». Tout le monde doit dénoncer le fondamentalisme et le rejeter violemment, les musulmans aussi. Il ne s’agit pas de se justifier. Il s’agit d’être unis contre l’intégrisme. Opposer cette dénonciation de l’intégrisme islamique à l’islamophobie contribue à créer une fracture avec les Français musulmans et paralyse toute prise de conscience.

Le FN lutte certes contre l’islamisme mais il le fait de la mauvaise manière et pour les mauvaises raisons. Il suffit d’écouter Marion Maréchal-Le Pen ou de regarder Robert Ménard pour s’en convaincre. Mais il faut reconnaitre aussi que les autres partis ne le font pas et qu’ils ont conduit la France dans cette situation invraisemblable.

La lutte contre l’extrême droite

Depuis le 13 novembre, le gouvernement fait ce qu’il faut pour lutter contre l’islamisme (il était temps !) et il a les mots justes. Même si Tariq Ramadan et ses copains ne trouvent pas mieux que de dire qu’ils ne sont « ni Charlie ni Paris » mais qu’ils sont « perquisitionnables » – comme si l’Etat s’attaquait aveuglément à de pauvres Français qui n’ont rien à se reprocher juste parce qu’ils sont musulmans – les résultats sont là.  Plus de 1600 perquisitions qui ont conduit à la saisie de 266 armes (dont des lances-roquettes !!) et 290 assignations à résidence.

Il faut continuer sans relâche, il n’y a que ça qui fera reculer le FN et l’islamisme. Tant pis pour les bien-pensants d’extreme gauche qui aboient contre l’état d’urgence. L’islamisme est une menace pour notre sécurité et un fléau, il faut en faire un axe politique majeur tout en luttant évidemment contre la stigmatisation. Les politiques ne sont pas à l’aise avec cela, surtout les politiques de gauche, et pourtant combattre l’intégrisme religieux (musulman ou autre) est en principe un combat de prédilection de la gauche qu’ils devraient mener avec fermeté. La laïcité, le féminisme, les droits des homosexuels, les libertés quelle qu’elles soient sont des valeurs qu’ils sont censés défendre. La tolérance aussi, mais elle ne doit pas faire oublier tout le reste. C’est quand même un comble de préférer laisser ce combat à Marion Maréchal-Le Pen (pour ne citer qu’elle) qui est contre l’avortement, ouvertement islamophobe, etc. Au secours !

Si l’on continue à gueuler « FN=Nazis », « ils sont incompatibles avec la République », etc. plutôt que de s’attaquer à leur programme, à leurs incohérences, aux dérapages réguliers de leurs élus, etc. on va dans le mur. Si concernant l’islamisme, on continue à vouloir faire de la bien-pensance au lieu de défendre nos valeurs pour éviter à tout prix d’en froisser quelques uns, on va également dans le mur.

Et voilà à quoi il ressemble le mur

Marine Le Pen sera élue Présidente de la République en 2017. Nous aurons alors des milices comme à Bézier pour faire régner l’ordre, probablement une libéralisation du permis de port d’arme pour que chacun puisse se défendre et évidemment toutes les lois seront bonnes pour faire chier les musulmans (quand on voit Ménard qui s’attaque aux kebabs, on peut extrapoler facilement!). Rappelez-vous des émeutes de 2005 ou plus récemment des manifestations pro-Gaza à Paris en 2014, comment réagiront les banlieues à tout ça ? Combien de temps faudra-t-il avant que le pays ne sombre dans une guerre civile ?

Sources utilisées pour l’article :
http://www.slate.fr/story/109031/electeurs-juifs-musulmans-front-national
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marine_Le_Pen

«Révolte des banlieues»: Des attaques qui cachent le désespoir des jeunes de banlieue

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Plusieurs personnes poignardées à Paris, fusillade dans un bus, attaque à la voiture bélier contre une école catholique de Levallois. Si ça arrivait, voilà ce que vous liriez dans la presse.

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«Révolte des banlieues»: Des attaques qui cachent le désespoir des jeunes de banlieue

CONFLIT – Les attaques à l’arme blanche se multiplient à Paris, et en banlieue…

Depuis plusieurs jours, l’expression fait florès dans les médias. Les émeutes en banlieue serait entrées dans une nouvelle phase, « la révolte des banlieues ». En dix jours, près d’une vingtaine d’attaques ont été recensées, venant essentiellement de jeunes musulmans de banlieue et dirigés contre des catholiques à la sortie des églises ou des juifs à la sortie des synagogues au hasard. Ces jeunes ont pris ce qu’ils avaient sous la main : des couteaux de cuisine. En réponse, la police a renforcé les mesures sécuritaires, le plan vigipirate est passé en écarlate foncé, une répression accrue. Mais les foyers de violence sont en train de se multiplier, de Saint-Denis à Villiers-Le-Bel en passant par Paris. A première vue, tout semble concourir à l’explosion d’une guerre civile.

Une révolte est un soulèvement populaire spontané et violent. En Banlieue, on se souvient des émeutes de 2005 et des émeutes pro-Gaza de l’été 2014. Mais, pour le cas présent, « on ne peut pas encore parler de révolte, nuance Xavier Fauxnom, doctorant en Sciences politiques à l’Institut français des villes périphériques, spécialiste de la politique communautaire. Cela fait cinq ans qu’à chaque nouvelle flambée de violences, j’entends ce terme ressurgir, mais c’est quelque chose qu’on ne peut juger que sur le temps long. Concentrons-nous sur les faits, plutôt que sur la course aux appellations bidons. » Car la situation actuelle reste particulièrement inquiétante. « Il y a quelque chose de l’ordre du désespoir chez ces jeunes, quand on voit le caractère suicidaire de ces attaques », explique le chercheur.

La génération La Haine

Le profil des assaillants interpelle. Jeunes, très informés et loin d’être des extrémistes religieux, ils agissent seuls, sans coordination, de leur propre chef. « C’est la génération La Haine, celle née après la sortie du film du même nom. Ils n’ont jamais rien connu d’autre que les affrontements entre bandes rivales, les contrôles d’identité et les humiliations, détaille le chercheur. Aujourd’hui, cette jeunesse n’a que deux possibilités : accepter un statu quo intenable ou agir. »

Il faut ajouter à cela qu’en 2015, il y aurait déjà eu 151 attaques à caractère islamophobe, selon le journal Jihad en Europe. La plus tristement célèbre est l’incendie de la mosquée d’Auch. Et si les imams sont très doués pour contrôler d’une main de fer les militants les plus extrémistes, Ils ne peuvent pas empêcher des éléments indépendants, envahis par la colère et déçus des politiques, de passer à l’acte.

« Les jeunes de banlieue se disent « si on ne fait rien, ils vont continuer à manquer de respect à l’Islam, à dessiner Mahomet » », confirme Xavier Fauxnom. Pour l’instant, les différents soulèvements (à Saint-Denis, à Villiers-le-Bel et à Paris) n’ont pas encore convergé. Mais il est impossible de savoir ce qu’il peut arriver. Une chose est sûre pour le chercheur : « Les révoltes précédentes ont charrié leur lot de morts, sans changer la situation de ces jeunes. »

Victor Virgule

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Vous l’avez compris, cet article est un détournement. Un détournement pour vous faire réagir…

Imaginez simplement si tous les jours des français se faisaient poignarder et tuer à Paris ou dans d’autres villes françaises. Qu’en marchant dans la rue vous ayez en permanence cette appréhension que quelqu’un va surgir pour vous planter dans le dos. Que le soir en rentrant chez vous, vous ne soyez pas sûrs de retrouver vos enfants en vie.

Imaginez l’indignation si des journalistes d’autres pays justifiaient les actes des frères Kouachi, de Merah, ou de Coulibaly en parlant du désespoir de cette jeunesse musulmane de banlieue plutôt qu’en s’attardant sur les victimes innocentes, ceux qui sont morts. C’est exactement ce qu’a fait Victor Point du journal 20 minutes dans son torchon que je viens de détourner ( http://m.20minutes.fr/monde/1707287-intifada-couteaux-attaques-cachent-desespoir-jeunesse-palestinienne ).

J’ai écrit de nombreux articles sur la désinformation très présente dans nos médias lorsqu’il s’agit d’Israël, sur l’importance des mots utilisés pour relayer une information ou la biaiser, etc. C’est très grave. Ce genre d’articles créent le terreau favorable aux actes terroristes de demain, notamment contre la communauté juive mais pas seulement. Merah voulait « venger les enfants palestiniens », il a tué des enfants français juifs mais il a aussi tué des militaires français, il ne faut pas l’oublier. A chaque fois que j’essaye d’attirer l’attention de mes compatriotes sur le fait que cette guerre contre l’islamisme nous concerne tous, seuls mes compatriotes juifs (ou quasiment) y sont sensibles. Je ne comprends pas pourquoi… Peut-être vous sentez-vous moins concernés lorsque ce sont des juifs qui sont visés parce que vous assimilez ces actes au conflit israélo-palestinien ? Ceci expliquerait que nous ayons été 10 000 seulement pour manifester contre les attentats de Merah alors que nous étions 4 millions pour ceux de Charlie Hebdo. Quelle erreur d’appréciation ! Nous sommes français avant d’être juif et nous ne sommes pas israéliens. Nous sommes tous dans le même bateau.

Le terrorisme palestinien est motivé par exactement la même idéologie que celle des terroristes de Charlie ou celle du terroriste qui aurait pu faire un carnage dans le Thalys : Lutter contre l’Occident, contre les mécréants, contre les juifs, contre les ennemis du vrai Islam. Les 70 vierges, les martyrs, les Allah ou akbar, c’est la même histoire, la même logique.
Ce sont exactement les mêmes ennemis, c’est exactement le même fanatisme. Réveillez-vous et ne laissez pas la bien-pensance vous paralyser. Ne laissons pas ce sujet si important aux Nadine Morano ou autres Marine Le Pen. Il nous concerne tous, nous en souffrons et en souffrirons tous, chrétiens, musulmans, juifs, athées, etc. Nous étions 4 millions le 11 janvier pour dire NON à l’islamisme radical, nous ne devons pas faire de différence dans notre appréciation de l’islamisme, qu’il s’appelle Etat Islamique, Boko Haram, Al-Quaïda, Hamas, ou Fatah. Nous devons nous soulever systématiquement lorsque des innocents sont assassinés au nom de ce fanatisme. Rien ne justifie jamais la mort d’innocents.

Dans les années 40, auriez-vous été un héros ?

Au lendemain de la manifestation pro-palestinienne à Paris qui s’est terminée par des « mort aux juifs », et où un grand nombre de manifestants ont tenté de forcer l’entrée d’une synagogue pour la saccager ou pour casser du juif, je suis très inquiet.

Merah, Nemmouche, et maintenant ces débordements qui auraient pu se terminer en tragédie, je crois qu’il est temps d’appeler un chat un chat. L’antisémitisme qui prolifère dans les banlieues, chez les musulmans principalement (mais pas seulement, il suffit d’aller devant le théâtre de la main d’or un soir de spectacle de Dieudonné pour le réaliser), et qui se nourrit du conflit au Proche-Orient pour justifier son existence est une triste réalité qui n’a pas fini de faire des victimes.

L’occupation, la collaboration, le gouvernement de Vichy, tout ça est loin maintenant mais pourtant hier, en 2014, des juifs ont du se cacher dans une synagogue pour ne pas se faire lyncher. Et ce qui est assez ignoble de surcroit, c’est qu’il a fallu attendre que le premier ministre réagisse pour que les journaux (l’AFP en première ligne) daignent relayer l’information (de manière édulcorée d’ailleurs)! A quel moment ont-ils tous pensé que ceci n’était pas important ?

Que nos gouvernements soient de gauche ou de droite, nous avons la chance aujourd’hui de vivre dans une France qui protège ses juifs, au même titre que tous les français d’autres confessions. Nous avons aussi la chance de pouvoir critiquer, s’indigner, condamner ou simplement exprimer sa solidarité sans risquer d’être exécuté. Et les moyens que nous avons (Facebook, Twitter, les blogs, les commentaires sur les sites d’informations) pour s’exprimer sont simples et accessibles à tous. Et pourtant 24h après les faits, rares sont les réactions des non juifs. Sur mes 438 amis Facebook (pourtant probablement jewish friendly pour la majorité) seuls 3 non juifs se sont exprimés sur le sujet. Chez les politiques, ça n’est pas la bousculade non plus pour condamner avec la plus grande fermeté ce qui s’est passé hier. Je ne parle même pas des commentaires sur les sites d’informations qui sont à vomir. Pourquoi cette indifférence et cette passivité ? Faut-il expliquer que ce qui se passe au Moyen-Orient n’a rien à voir avec les juifs de France ? Que même si une grande majorité de juifs soutiennent Israël, ça n’est pas une raison pour les bruler même si l’on est pro-palestinien ? Condamner sans reserve (et sans mettre dans la même phrase une condamnation d’Israël pour nuancer parce que ça n’a rien à voir !) ces actes ne fait pas plus de soi un pro-juif qu’un pro-musulman. C’est simplement prendre ses responsabilités quand la République a été souillée de la sorte.

Si des musulmans avaient du se cacher à l’intérieur d’une mosquée pour ne pas se faire massacrer par des juifs enragés hurlant « mort aux arabes », ma première réaction, après avoir gerbé, aurait été de condamner, de me soulever, de me désolidariser d’un tel comportement.

Je me suis souvent demandé en repensant aux années terribles de la secondes Guerre Mondiale, comment les gens ont-ils pu laisser faire. Et je suis persuadé que la majorité des Français non juifs aujourd’hui se le demande aussi tant ce qui s’est passé il y a 70 ans parait surréaliste. Mais face à l’indifférence que je constate depuis hier, alors qu’aujourd’hui être un héros « 2.0 » est beaucoup moins risqué, je visualise parfaitement.

Je suis un juif français, arrière petit-fils de déportés, qui doit son existence à un voisin catholique qui a empêché ses grands-parents de rentrer chez eux alors que la gestapo les attendait. C’était un héros qui a risqué sa vie pour sauver des juifs. Il ne fait aucun doute que ce voisin, s’il avait été de notre époque, aurait largement réagi et rejeté ce qui s’est passé hier. Vous vous demandez peut-être si vous auriez été un héros dans les années 40. Si tout ce qui s’est passé hier vous a rendu indifférent, vous avez votre réponse.

Je ne m’appelle plus Frank-David Colin

J’ai reçu ce matin une lettre signée par le Premier Ministre Manuel Valls et la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Je ne m’y attendais pas et ça m’a bouleversé.

Je m’appelle Frank-David Colin. Mon grand père paternel s’appelait David Cohen. Il a changé son nom en Colin (très proche visuellement de Cohen dans sa signature) quelques années après la guerre.

Ses parents, deux de ses trois frères, sa belle sœur et sa nièce de 3 mois ont été raflés, dans leur appartement du boulevard de Courcelles, à Paris, le 14 août 1943 par la Gestapo qui cherchait des résistants cachés dans l’immeuble. Ne les trouvant pas, c’est en repartant qu’ils ont vu le nom de Cohen dans l’immeuble et les ont arrêtés. Ils ne sont jamais revenus des camps de la mort. Mes grands parents qui étaient en promenade ont été sauvés de ne pas avoir été là.

Traumatisé par cette tragédie, mon grand père a toujours souhaité cacher son judaïsme. Mon père n’a jamais souhaité récupérer son nom d’origine, pour ne pas aller à l’encontre de la volonté de son père.

Depuis mon enfance, face aux moqueries permanentes liées à mon nom de famille, je souhaitais récupérer mon vrai nom. Sans vraiment mesurer les graves raisons qui avaient poussé mon grand père à changer de nom, j’attendais mes 18 ans avec impatience pour faire cette demande.

Dissuadé et découragé devant la complexité d’une telle démarche par des personnes éclairées sur le sujet (je me souviens en avoir parlé avec un avocat au Conseil d’Etat), ça n’est que quelques mois avant mon mariage que j’ai décidé de tenter ma chance et de faire une demande au Garde des Sceaux. Je ne souhaitais pas que d’autres personnes, ma femme, mes enfants, ne portent ce nom.

Je suis non croyant. Je ne pratique pas. Je mange du porc. Il m’est même déjà arrivé d’en manger le jour de Kippour et pourtant mon identité juive fait partie de moi, elle est dans mes tripes. Je combats tous les jours l’antisémitisme et la haine d’Israel de plus en plus présent dans notre pays. Je ne peux pas me cacher. Je ne veux pas.

Voilà plus de 3 ans que j’avais fait cette demande sans avoir la moindre nouvelle. J’avais fini par baisser les bras. Et pour être honnête, l’affaire Merah et la déferlante de relents antisémites depuis l’affaire Dieudonnée m’ont presque convaincu qu’il en était mieux ainsi. Vivons heureux, vivons cachés ? Mais ce matin j’ai reçu cette lettre signée par Christiane Taubira, cible de tant de racisme depuis qu’elle est garde des Sceaux et par Manuel Valls qui a lutté avec détermination contre Dieudonnée. Ca m’a rempli d’espoir. La plus haute autorité de la justice française en m’autorisant à récupérer mon nom m’encourage à le porter avec fierté. C’est une page sombre qui se tourne dans l’histoire de ma famille et je ne peux m’empêcher d’y voir un symbole de victoire.

Je ne m’appelle plus Frank-David Colin mais Frank-David Cohen.