Français juifs : où serons-nous en 2020 ?

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Les français juifs sont environ 0,7% de la population française alors que les actes antisémites représentent 30% des actes racistes enregistrés en France en 2016 (source : Service Central du Renseignement Territorial).

Le problème de l’antisémitisme et sa proportion démesurée, notamment en France, est donc loin d’être un fantasme. Accusés d’être des « pleurnicheurs » – expression plébiscitée par Dieudonné – par les « antisionistes » (comprendre antisémites) tel un réflexe pavlovien dès que le sujet de l’antisémitisme est évoqué, les français juifs ont pourtant de manière factuelle totalement raison de s’indigner.

Cette situation, nous la voyons venir et se dégrader au moins depuis les années 2000. Comme beaucoup de français juifs, je ne me fais pas d’illusion.

Cette situation ne changera pas et va continuer à se dégrader. Se faire insulter, cracher dessus, etc. la plupart des victimes le vivent maintenant en silence comme si c’était devenu normal.

Comme l’a dit Joann Sfar dans un post Facebook : « Sur ces affaires, la plupart des victimes ferment leurs gueules, se font les plus petites possibles, en espérant que l’orage passe, pour ne pas donner des idées à d’autres salopards. Il ne va pas passer, l’orage. Tout le monde a très bien compris. ».

Pour ma part, j’ai la chance de vivre dans le XVIIe arrondissement de Paris. Comme une grande partie de l’Ouest parisien, mon quartier, c’est un peu Disneyland. Un monde où tout a l’air d’aller bien mais qui ne correspond pas à la réalité du reste de la France. Père de deux enfants, comme tous les parents, en plus de les éduquer, j’ai la responsabilité de les protéger. Et pour assurer cette responsabilité, il y a un critère fondamental : être capable d’anticiper.

Anticiper que l’état ne sera peut-être pas toujours en mesure de nous protéger. Je me souviens encore de l’été 2014 où des manifestations dites de « soutien à la Palestine » ont finit par des prises d’assaut de synagogues en plein Paris et de quartiers juifs notamment à Sarcelles. Nous n’étions pas loin d’un massacre…

Anticiper la passivité générale de notre société. Je me souviens, après l’attentat terroriste contre des enfants juifs en 2012, avoir manifesté spontanément le soir même.

Nous étions quelques milliers. Il n’y avait quasiment que des juifs qui battaient le pavé. L’absence de grande solidarité nationale alors que des enfants venaient d’être exécutés à bout portant me paraissait surréaliste. Où étaient les 4 millions de personnes avec qui j’ai manifesté le 11 janvier 2015 ?

Anticiper la dégradation de la situation. En plus des actes de violence répertoriés, il y a les actes antisémites du quotidien auxquels nous sommes tous confrontés à des degrés différents en fonction de notre exposition.

Je ne suis ni croyant ni religieux, je ne vais jamais à la synagogue et pourtant, avec mon nom de famille, Cohen, j’y suis aussi confronté.

Si j’ai le malheur de faire un commentaire public sur Facebook, 9 fois sur 10, quel que soit le sujet, je me prends une remarque antisémite malgré la modération des commentaires.

Depuis 2 ans, je ne peux plus commander sur Internet à mon nom si je veux que le colis arrive intact, je commande à présent au nom de ma femme pour ne plus avoir de problème.

Pour survivre, anticiper est une nécessité absolue. Mais une fois qu’on a anticipé que la situation n’est plus tenable, qu’est-ce qu’on doit faire ?

Il y a un quatrième point à anticiper.

Anticiper notre comportement d’autruche. Autour de 10 000 juifs quittent la France chaque année. De plus en plus, ceux qui sont encore là et dont je fais partie, n’ont absolument pas envie de partir.

Très attaché à la France – mon seul et unique pays – à ma culture et à ma langue, je ne me vois pas vivre ailleurs. Pourtant, de la même manière que les juifs ont du quitter les pays arabes (cf tableau ci-dessous) où ils vivaient depuis la fin du XVe siècle à cause de la montée de l’antisémitisme musulman, je n’ai aucun doute que tôt ou tard, pour les mêmes raisons, nous devrons quitter la France. 2020 ? 2025 ? 2030 ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que nous avons tous le devoir d’anticiper. Anticiper pour le voir venir et anticiper pour pouvoir partir.

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Sources : https://www.lesechos.fr/30/03/2017/lesechos.fr/0211929669416_le-nombre-d-actes-racistes-et-antisemites-a-baisse-en-2016.htm

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120320.OBS4138/marche-pour-les-victimes-de-toulouse-on-est-la-par-solidarite.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Exode_des_Juifs_des_pays_arabes_et_musulmans#cite_note-151

Tu es juif ou tu es français ?

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Tu es d’abord français ou d’abord juif ? Pourquoi es-tu si passionné lorsque l’on parle d’Israël ? Juif, ça n’est pas une nationalité, non ?

Toutes ces questions, je les ai entendues dans tous les sens. Je peux concevoir qu’il n’est pas évident parfois, pour mes compatriotes non juifs, de faire la part des choses.

La réponse commence par une réponse simple : un français juif est d’abord français. Même s’il vous soutient parfois le contraire, il se trompe. Où qu’il aille dans le monde ailleurs qu’en France, il ne se sentira pas chez lui et il ne sera d’ailleurs pas considéré autrement que français. Sa judéité sera au maximum un détail. Sa culture, son humour, sa manière de vivre, sont français. Même en Israël, il sera toujours « le français ».

Evidemment l’identité d’un individu ne s’arrête pas à sa nationalité. Sa région, sa ville, ses passions, ses origines, etc. composent son identité de la même manière que sa religion.

Mais toi, tu n’es pas religieux, pourquoi tu nous bassines toute la journée avec les juifs ?

Parce qu’on ne me laisse pas le choix.
Parce que quand Merah tue des enfants juifs, il n’y a que 10 000 personnes (et quasiment que des juifs) qui manifestent dans les rues de Paris contre 4 millions pour les attentats de Charlie.
Parce qu’il y a un an dans les rues de ma ville, on criait « mort aux juifs » sans que personne (à part les juifs et quelques politiques jewish-friendly) ne réagisse.
Parce que les salopards comme DIeudonné ou son pote Soral remplissent les salles et ont des centaines de milliers d’adeptes. Parce que le BDS, qui appelle au boycott des produits israéliens en soi-disant solidarité avec les palestiniens, révèle quotidiennement sa haine du juif en généralisant leurs appels au boycott aux artistes juifs (comme le chanteur juif américain Matisyahu) ou aux produits cachers. Ce sont eux qui plantent les graines de l’antisémitisme des quartiers. Ce sont eux qui donnent des idées aux plus fous.

Mais aussi parce qu’encore aujourd’hui toutes les synagogues et tous les lieux qui ont un lien avec le judaïsme ont besoin d’avoir une voiture de police en permanence et parce que des soldats armés jusqu’au dents doivent rester devant nos écoles jours et nuits pour que l’on puisse simplement vivre sans se faire canarder par un terroriste islamiste. Je refuse que ce quotidien finisse par devenir normal.

Parce qu’il ne peut pas y avoir un seul post sur Internet où l’on parle d’un artiste juif, d’une personnalité juive ou de n’importe quoi en rapport avec Israël ou les juifs sans qu’il y ait un déferlement de commentaires antisémites. Je vous mets au défi de trouver UN SEUL post d’un journal (Huff Post, Libé, le Figaro, BFM, etc.) qui me donne tort. 

En écrivant tout ça, j’espère faire réagir non pas seulement les juifs acquis à ma « cause » mais mes compatriotes non-juifs : musulmans, catholiques, protestants, orthodoxes, boudhistes, athées, etc. On a besoin de vous. On a besoin que vous rejetiez en bloc tout cela avec autant de fermeté que celle dont on a fait preuve lorsque l’on défendait notre liberté d’expression.

Pourquoi cet attachement si passionné à Israël, ça n’est pas ton pays ?

D’abord parce qu’Israël est la terre de mes ancêtres, la terre du peuple juif depuis le début, la terre où lorsque tu creuses n’importe où tu trouves des vestiges de plusieurs milliers d’années qui racontent notre histoire.

Aussi pour ce que ce pays représente. Tous ces juifs persécutés, comme l’ont été mes grands-parents et arrières grands-parents, depuis des siècles en Europe ou dans les pays du Golfe, qui se sont réfugiés sur la terre de leurs ancêtres pour fonder cet Etat où ils sont enfin à nouveau chez eux (la définition du sionisme) est quelque chose de bouleversant. Tout le chemin parcouru depuis. Tout ce que ce pays a pu accomplir en si peu de temps.

Egoïstement aussi je dois l’avouer, même si je suis français avant tout, je ne suis pas tranquille et je ne suis pas tranquille pour ma famille. Israël c’est aussi notre plan B. Le plan B de tous les juifs d’Europe et du reste du monde.

En attendant, je vais continuer à me battre pour que l’on reste sur le plan A… J’en profite pour demander à Madame Hidalgo de corriger les agendas distribués par la mairie de Paris aux élèves du CM2 où Israël à été rayé de la carte, remplacé par la Palestine (il n’existe pas encore d’Etat Palestinien, mais une Autorité Palestinienne, par contre, jusqu’à preuve du contraire Israël existe).