Lettre ouverte au CRIF et à ceux qui s’acharnent sur Léa Salamé

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Le 10 février dernier, Léa Salamé était face à Marine Le Pen dans l’Emission Politique. Elle a posé une question très pertinente sur la bi-nationalité franco-israélienne de certains juifs français mais dont la première formulation prêtait à confusion, formulation qu’elle a immédiatement corrigée en reposant la question :

« Est-ce que vous demandez aux Juifs français de renoncer à leur bi-nationalité israélienne ? »
« Donc vous demandez aux juifs français qui nous regardent de renoncer s’ils voulaient avoir la double nationalité israélienne ? »

La première formulation aurait été maladroite si elle n’avait pas été immédiatement reformulée mais elle l’a été donc il n’y a pas de sujet.

Dans la pratique, tous les juifs français et plus généralement tous les juifs du monde peuvent demander (et obtenir) la nationalité israélienne. Ça ne veut pas dire que tous les juifs français ont la bi-nationalité mais bien qu’ils peuvent l’avoir. La question de Léa Salamé n’est donc absolument pas critiquable.

J’ajoute que je remercie Léa Salamé de l’avoir posée à Marine Le Pen. Elle a permis d’ouvrir les yeux à certains juifs – de plus en plus complaisant avec le Front National – en leur faisant comprendre qu’ils ne seraient pas épargnés par le repli sur soi de ce parti si MLP se retrouvait au pouvoir.

Mais certains, au lieu de s’intéresser à la réponse de Marine Le Pen ont jugé utile de polémiquer sur du vent et de s’acharner sur Léa Salamé voire de la traiter d’antisémite. Le CRIF, dans une publication Facebook déclare : « Les citoyens français juifs sont profondément choqués par cette affirmation qui rappelle les vieilles rengaines antisémites de double allégeance. ».

Le CRIF devrait passer un peu plus de temps, pour se détendre, à lire la presse people. Ils apprendraient que Léa Salamé partage sa vie avec Raphaël Glucksmann (qui est juif, je précise just in case) et qu’elle est enceinte de lui.

Le CRIF devrait aussi se remettre un peu en question. Ils dénoncent l’organisation juive qui a rencontré des cadres du FN parlant d’un « cordon sanitaire autour du FN » qui serait un « impératif républicain » pour les juifs mais concrètement ils n’endiguent en rien, avec de vrais arguments à l’appuie, le nombre croissant de juifs qui se font berner par le FN.

Léa Salamé a donc réussi en moins d’une minute à faire ce que le CRIF n’a pas su faire ces dernières années avec les juifs français qu’il prétend représenter.

Bravo Léa

Lettre ouverte à Renaud

Renaud-Album

Cher Renaud,

Je voulais te dire à quel point tu m’as touché avec ta dernière chanson « Hyper cacher ».

Tu as décidé de faire une chanson pour parler individuellement de l’Hyper cacher. Ce simple choix fait de ta chanson une chanson engagée.

Le 11 janvier 2015, nous étions 4 millions à « être Charlie » Place de la République. Tout le monde condamnait évidemment aussi l’Hypercacher mais personne ne serait descendu dans la rue pour ça, comme personne n’était descendu dans la rue pour les enfants assassinés dans une école juive 3 ans plus tôt. Depuis janvier 2015, les rassemblements devant l’hypercacher n’ont malheureusement rassemblé – quasiment – que des juifs. La récente commémoration annuelle a même été organisée par le CRIF…

Il ne s’agit pas là de faire de la concurrence victimaire mais simplement de remarquer que lorsque des juifs sont assassinés, en France ou ailleurs, habituellement, seuls les juifs s’en émeuvent. Et toi, tu en écris une chanson. Le tout sans basculer dans le convenu ou l’émotion artificielle, avec un ton juste, émouvant et tant de sincérité…

Tu ne t’arrêtes pas là ! À la fin de ta chanson tu dis :

Qu’ils reposent à Jérusalem
Sur la terre de leurs pères
Au soleil d’Israël
Je veux leur dédier ce poème
Leur dire qu’ils nous sont chers
Qu’on n’oubliera jamais 

Je t’avoue que j’ai du mal à m’en remettre. Il est donc possible de comprendre ce qui semble être une subtilité inaccessible pour tellement de gens : l’attachement des juifs pour Israël, sans pour autant les considérer comme des étrangers mais au contraire comme des frères. Il est donc possible de parler de Jerusalem sans dire « Jerusalem-Est occupé et annexé » mais au contraire parler de « la terre de leurs pères ».

Merci Renaud de m’avoir redonné de l’espoir et de m’avoir donné un peu plus le sentiment que ma place, en tant que français juif, est encore en France.

Merci.

Frank-David

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Hyper cacher – Renaud

C’était un p’tit endroit pépère
Tout près du métro St Mandé
Qui vendait des produits casher
Pour les habitants du quartier
Un individu cagoulé
Suintant la haine de tous les pores
Armé comme un fourgon blindé
Et venu pour semer la mort
Soudain au magasin casher
Ce fut l’enfer, ce fut l’enfer

Il a tiré à tour de bras
Avec de la haine plein les yeux
Sur tout ce qui portait kipa
Sur les enfants, sur les p’tits vieux
Certains mouraient les bras en l’air
D’autres se cachaient où ils pouvaient

Le sang glacé c’était la guerre
Près du métro St Mandé
Et dans le magasin casher
C’était l’enfer, c’était l’enfer

Mais quelle est cette époque immonde ?
Nous avons perdu l’essentiel
Avec de la peur plein le monde
Avec de la haine dans le ciel

Qu’ils reposent à Jérusalem
Sur la terre de leurs pères
Au soleil d’Israël
Je veux leur dédier ce poème
Leur dire qu’ils nous sont chers
Qu’on n’oubliera jamais
Leur dire qu’ils nous sont chers
Qu’on n’oubliera jamais

 

Cher Ilan…

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Cher Ilan,

Aujourd’hui je pense à tout ce que j’ai fait ces 10 dernières années. J’ai rencontré ma femme, je suis tombé amoureux, on s’est marié. On a eu un petit garçon. Il a maintenant 4 ans. Il est formidable. On attend une petite fille. Tu ne peux pas savoir, c’est un tel bonheur, tellement d’amour, tout paraît si insignifiant à côté…

Non, tu ne peux pas savoir. Tu ne sauras jamais…

On a le même âge. On est juifs tous les deux, parisiens tous les deux. Ton destin aurait pu être le mien et le mien aurait pu être le tien. A chaque fois que je pense à toi, je réalise avec tant d’intensité ce que l’on t’a volé. Quelle tristesse.

J’aimerais pouvoir te dire que tu n’es pas mort pour rien. Mais je suis désolé Ilan, je ne peux pas. Il y a eu d’autres morts. Beaucoup d’autres. Même des enfants.

Ta mort, comme celle de Sebastien Sellam, étaient pourtant les premiers signes de ce qui nous attendait. Les premiers signes de ce que l’on ne voulait pas voir. Aujourd’hui cette haine qui t’a fait endurer ces 3 semaines de calvaire et qui a fini par éteindre ta vie s’est répandue. Elle est sournoise et hypocrite avant de passer à l’acte. Elle considère qu’elle est une opinion, qu’elle est là pour une cause. Et ça va te faire mal de l’apprendre mais elle prolifère dans une indifférence quasi-générale.

Nous étions très peu nombreux – et quasiment que des juifs – à manifester quelques jours après ta mort. Nous étions les mêmes (environ 10 000) après que des enfants juifs ont été exécutés 6 ans après ta mort dans une école de Toulouse. Là encore, quasiment que des juifs. Même si la classe politique est à chaque fois unanime pour condamner les crimes antisémites, il a fallu attendre que tous les français soient visés pour que nous soyons 4 millions dans la rue.

Tu vas être déçu mais le fait que nous soyons tous des cibles de cette idéologie mortifère n’a rien changé. La haine antisémite est toujours omniprésente et très décomplexée. Elle est dans les commentaires de chaque article qui parle de toi ou de n’importe quoi en rapport avec le judaïsme ou Israël. Elle est dans les commentaires aussi de tous ces mêmes articles sur Facebook. Et là encore ceux qui réagissent pour s’en indigner sont dans la très large majorité des cas… des juifs.

Il y a moins d’un an la plaque qui a été posée à Bagneux pour te rendre hommage a été vandalisée. Heureusement tes parents ont eu la bonne idée de t’enterrer en Israël, loin de tout ça. Au moins maintenant tu y reposes en paix.